Interview de Léo Ferré
Il y a un ou deux ans, j’étais seul chez moi. Le téléphone sonne. D’habitude, je ne réponds jamais au téléphone, mais, là, j’étais seul, alors j’ai répondu. C’était une femme.
« Allô, monsieur Ferré ?
— Oui, c’est moi, qui êtes-vous, madame ?
— Je suis la Mort. J’aime beaucoup ce que vous faites.
— Moi aussi, madame, j’aime beaucoup ce que vous faites. »
Léo et la lecture
Il y a longtemps que je ne lis plus. J’ai pas tellement lu les livres. J’ai lu tous les livres qu’on lit à l’école, et en sortant de l’école, sinon… je ne lis pas. J’ai beaucoup lu, j’ai surtout beaucoup « sur-lu » : ça va vite, je lis pas tout, je lis ce qu’il faut lire. J’ai de la chance, je trouve exactement les paragraphes, les trucs intéressants, quoi.
Mais, en revanche, je lis les dictionnaires : le Larousse du xixe siècle en 17 volumes (extraordinaire !), l’Encyclopædia Universalis, et puis j’ai un dictionnaire qui est fantastique, qui a été repris par Gallimard, le Trésor de la langue française. C’est bien fait, ça.
Léo et le cinéma
Je ne vais pas au cinéma depuis trente ou quarante ans. J’ai aimé les grands acteurs, il n’y en a plus. C’est pas la faute aux acteurs qui manquent, c’est la faute aux metteurs en scène qui ne trouvent pas les sujets qui impliqueraient de bons acteurs, des acteurs nouveaux.
Mais le cinéma, c’était une chose vivante que j’aimais beaucoup. Moi, j’avais huit ans, j’allais voir, l’été, des trucs muets avec des musiciens. C’était des trucs de Chaplin. Ça m’impressionnait beaucoup. Il y a trop longtemps que je ne vais pas au cinéma pour vous dire des choses exactes là-dessus. Ça me manque pas.
Recueilli par
Vincent Cambier
Les Trois Coups
