Les mises en scènes minimalistes, les comédiens déclamatoires, la grandiloquence, les habits de scène noirs… j’en ai labouré au kilomètre des lignes de texte pour les décrier et les engueuler haut et fort ! Oui. Sauf que là, je suis obligée de tirer mon chapeau, un genou en terre, au travail qu’Olivier Py et ses deux comédiens ont présenté hier soir à L’Odéon. « les Sept contre Thèbes », tragédie d’Eschyle qui relate la lutte fratricide des fils maudits d’Œdipe, est déjà une lecture marquante en soi. Cette interprétation est le fruit d’un cerveau épatant, servie par la virtuosité de ses comédiens d’une troublante justesse.
L’Odéon, théâtre de la rive gauche, est un bâtiment néoclassique dont l’apparence peut faire penser à une ouverture de Wagner : écrasante, brillante et virile. Il est un des hauts lieux parisiens de la tragédie sérieuse. Il me faut l’avouer, quitte à être raillée : parfois le sérieux, ça m’ennuie. Avant que je puisse me renfrogner dans mon siège de velours pourpre, Olivier Py, directeur de ce distingué théâtre, monta sur la scène pour me couper le sifflet. Tout vêtu de noir, il avait tenu à expliquer sa démarche en quelques mots : un spectacle conçu pour tous les lieux possibles où des individus se trouvent réunis ; une lecture actuelle du texte, bien que ce ne soit pas son habitude, qui se place sur le problème de l’interprétation des images ; la magie de porter à la scène une des plus anciennes pièces de théâtre de l’humanité… Il se retira en nous priant d’imaginer que nous n’étions pas assis dans un théâtre, mais dans n’importe quel lieu qu’il nous plairait d’imaginer. Chose aisée puisque nous n’avons jamais été totalement plongés dans l’obscurité.
Lise Facchin

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