samedi 24 janvier 2009

Pour Phèdre (critique), Sudden Théâtre à Paris

Femmes-folie


Des personnages tragiques, Phèdre est bien celui qui m’intéresse le moins. Je l’ai jugée (et condamnée) très tôt. On pourra me reprocher à raison ce manque de recherche et de profondeur quant à mon verdict. Pourtant, il n’y a rien à faire, Phèdre ne m’a jamais fascinée. Je la méprise intensément. Elle est nombriliste et complaisante avec elle-même, elle joue à triturer sa fange. Elle incarne ce que j’ai toujours considéré comme impardonnable : l’abjecte lâcheté teintée d’égoïsme mesquin. Elle est minable et n’a même pas l’excuse de la manipulation divine… La Compagnie de l’Arcade présente le texte magnifique de Pier Olov Enquist, sur fond de couleur blanche et d’ironie amère. Un spectacle qui nous parle de folie et de tripes : poétique et fort mais parfois inégal.

Les quinze premières minutes, j’ai cru me trouver en face d’un de ces spectacles pédants, à la diction constipée et dont la scénographie présente souvent dans son minimalisme dépassé, pour ne parodier personne, un cas préoccupant de « goutte à l’imaginative ». Oui, lecteur, j’ai eu peur. Peur de devoir subir une fois de plus un spectacle médiocre et candidat au label « intellectualisme moderne »… Yeuârk ! C’était donc mal parti. La lumière avait décliné, dévoilant une scène blanche (à peu de choses près) avec comme seuls éléments de scénographie une porte au fond à droite et un banc sur toute la profondeur de la scène. Les comédiens sont déjà sur le plateau, statufiés sur le banc. C’est Phèdre qui ouvre la pièce : monologue un peu trop durassien à mon goût. Un jeu de placement de voix un peu trop chiadé où la subtilité fait défaut, mais la comédienne est juste, intense. S’ensuit une scène entre Hippolyte et son précepteur… C’est à ce moment du spectacle que je me me suis mise à chercher un moyen de fuir… J’étais assise au milieu de la rangée, il m’a donc fallu demeurer bien tranquillement dans mon fauteuil. Heureux hasard ! Car le spectacle décolla littéralement peu de temps après, grâce à trois comédiennes exceptionnelles : Maud Rayer (Phèdre), Chantal Garrigue (Œnone) et Sophie Torresi (Aricie).

Lise Facchin

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