Pina Bausch aime confronter plusieurs éléments pour traduire la complexité du monde. Après le très humide « Wiesenland », la chorégraphe allemande présente un « Sweet Mambo » aérien avec une distribution resserrée à neuf interprètes et une scénographie épurée, où domine la légèreté des voiles. Un spectacle, pas simpliste pour autant, qui irradie de sensualité. Un voyage, non pas au bout du monde cette fois-ci, mais au pays des rêves.
En fond de scène, des couples se faufilent entre des voilages, que le souffle des ventilateurs gonfle d’espoir quand la comédie sentimentale ne joue pas des tours aux prétendants. Sur le plateau nu, aucun angle ne fait obstacle aux corps. Bien que lascives, les femmes ont des relations houleuses avec les hommes. Mais les uns et les autres tombent rarement ; ils roulent, ils glissent plus volontiers, caressent presque le sol. On voit d’ailleurs rarement leurs jambes. Le haut du corps, là d’où naissent les mouvements, là ou bat le cœur humain, se trouve ainsi valorisé. Pina Bausch ne déroge à la règle que pour exhiber les pieds, surtout ceux de Nazareth Panadero, sans doute malmenés par les pointes de la danse classique ! Une focalisation qui participe au grotesque du personnage. Échappée d’on ne sait quelle soirée mondaine comme d’autres danseuses engoncées dans leur robe de soirée, elle ponctue la soirée d’interventions qui se veulent cocasses. Rien de comparable avec la grâce de cette danseuse qui bouge, comme la branche au gré de la bise.
Léna Martinelli

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