samedi 21 février 2009

La Tondue (critique), Théâtre du Marais à Paris

Les images surgissent d’elles-mêmes

Après « Stratégie d’avalement » en 2003, Nicolas Pomiès écrit et met en scène « la Tondue ». Ce huis clos tisse les soupirs de soulagement et les revendications furieuses de la fin d’une guerre, avec des secrets et des craintes qui ne peuvent se dérober plus longtemps aux regards. Dans la petite salle du Théâtre du Marais, nous voilà happés en plein centre de cette réalité, témoins muets retenant notre souffle. Une pièce forte et intelligente sur le thème de l’Épuration, tout en suggestion.

La France à la Libération, trois personnages : Antoine le grand-père perruquier, Zéphirin son beau-fils, « épurateur » tondeuse en main, et Alsace petite-fille et fille des deux autres, la protégée et apprentie. Ces trois-là vivent ensemble. L’atelier d’Antoine, immuable, est au sous-sol. C’est là que tout se joue. Le monde extérieur glisse ses sons par le soupirail, unique ouverture vers le dehors. Nicolas Pomiès a su nous transporter dans ce monde avec sensibilité. Les personnages entrent en contradiction exactement là où il faut pour créer d’intéressantes frictions. Zéphirin, en bon Français, tond à tour de bras les femmes ayant « collaboré » avec les Boches. Antoine récolte les brassées de cheveux fièrement apportées par son beau-fils, mais ne partage pas son avis : la patrie n’a pas besoin qu’on rase ses femmes. La belle et fragile Alsace les regarde, partagée entre son amour pour eux et ce qu’elle tait…

Laurie Thinot

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