« Listen to Me », que nous a présenté le Théâtre de la Bastille à Paris, est un texte complexe et paradoxal. Écrit par Gertrude Stein en 1936, traduit en français par ses soins, il est le récit de la création d’une pièce, ou plutôt le monologue d’un auteur en train de concevoir une pièce, avec les avancées, les reculades, les doutes, le chaos que cela implique. Mais est-il pour autant un texte adapté au théâtre ? Là est toute la question…
Disons-le d’entrée : Listen to Me est un texte aride, abstrait, traversé d’interrogations qui pourront passionner les philosophes, en particulier sur l’incapacité des mots à dire l’être, à rendre possible une science véritable du réel. Nous avons des mots, beaucoup de mots, mais ces mots restent sciemment vides, sans matière, sans chair : les personnages (les « caractères ») passent leur temps à se poser des questions idiotes et à y répondre de manière idiote, et ne se distinguent les uns des autres que par des numéros, à l’exception de deux d’entre eux, « Doux William » et « Lilan ». Ils finissent, d’ailleurs, par se mélanger avec les actes, remettant en cause le principe d’identité.
Vincent Morch

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