Viva Vilar !
À l’occasion de la parution du dernier numéro des « Cahiers de la Maison Jean-Vilar », Jacques Téphany, directeur de la Maison Jean-Vilar à Avignon, répond aux questions de la rédaction des « Trois Coups ».
Vient de paraître un numéro spécial des Cahiers de la Maison Jean-Vilar consacré à Stéphane Mallarmé, d’une qualité unanimement saluée. Quoi de commun entre l’auteur d’Igitur et Jean Vilar ?
Jacques Téphany. — À mes yeux, l’effort de Vilar est proprement mallarméen : ne céder à aucune facilité, surtout dans la quête du public populaire. Parier plutôt sur l’intelligence du public, ce peuple du théâtre, et non sur sa soif de divertissement facile. Il s’agit pour Vilar d’une tension douloureuse et exigeante, qu’il est parvenu à faire partager à un nombre important de spectateurs – une minorité, certes !, relativement à la population, ce qui permet de dire aux comptables que cela demeure un luxe. Mais cette utopie a réussi à dépasser la sphère étroite des « théâtreux » et prouvé qu’elle pouvait être érigée en « politique culturelle » s’il l’on voulait bien lui donner les moyens de son effort. Il y a donc bien un parallèle pas si paradoxal entre l’hermétisme populaire mallarméen et le concept « élitaire pour tous », déjà formulé par les romantiques et Schiller, et réaffirmé par Antoine Vitez – une formulation que Vilar n’aurait pas démentie.
Recueilli par
Vincent Cambier

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