samedi 14 mars 2009

Leaves (critique), Théâtre national de Bretagne à Rennes

Bluffant et assez salutaire…

« Leaves » (« Feuilles ») est la première pièce d’une toute jeune auteure irlandaise, Lucy Caldwell. Pour ce texte, elle a reçu le George Devine Award, une récompense destinée aux premières œuvres. Entre failles identitaires, fragilité des rapports familiaux et poids des espoirs imposés, elle nous parle d’un sujet tabou : la tentation du suicide chez les adolescents.

Aurore Krol

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En attendant le songe (critique), Le Grand Logis à Bruz (35)

Un songe de rêve

Shakespeare aurait-il reconnu son « Midsummer Night’s Dream » dans l’adaptation pleine de fougue et de brio qu’Irina Brook a intitulée « En attendant le songe » ? Il n’en faut pas douter, je crois, même si la pièce a été quelque peu réduite et si la traductrice s’accorde parfois quelques libertés.

Le plateau, dans son extension maximale, laisse entrevoir les murs du théâtre. Au sol, un grand tapis grège aux mèches usées. Arrivent par la salle cinq hommes en tenue noire de techniciens du théâtre, bientôt rejoints par un sixième ; ils portent des cabas à provisions en toile plastifiée à carreaux. Un porte-parole s’adresse aux spectateurs : la Compagnie internationale athénienne est retenue à l’aéroport, les décors et les costumes aussi. Eux ne sont que les techniciens du spectacle. Pour faire des économies, on leur a demandé de jouer les petits rôles et même, vu les circonstances, tous les rôles. On apporte une table de cuisine en Formica recouverte d’une nappe de fortune, des chaises assorties et une chaise de bistrot.

Jean-François Picaut

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Casimir et Caroline (critique), Théâtre de la Ville à Paris

Un diamant noir

Avec « Casimir et Caroline », Ödön von Horváth (1901-1938), dramaturge d’origine hongroise et de langue allemande, a écrit une sorte d’anti-« Roméo et Juliette » sombre et acéré, qu’Emmanuel Demarcy-Mota présente dans une mise en scène d’une rare virtuosité.

Munich, 1932. Lors d’une fête de la bière à l’atmosphère sordide, aux relents de vieil alcool et de nihilisme vomi, une foule hystérique hurle sa rage de jouir. En quête de sensations fortes, hommes et femmes grimacent et se contorsionnent comme des démons vermiformes à l’évocation de leur ultime espérance nocturne : copuler. Mais voilà qu’au milieu de ce magma pulsionnel, au-dessus duquel flottent majestueusement un Zeppelin rempli d’hommes de pouvoir, deux formes distinctes apparaissent. Elle, c’est Caroline, une petite employée. Lui, c’est Casimir, un chauffeur qui vient juste de perdre son travail. En quelques heures, tout va basculer autour d’eux et en eux.

Vincent Morch

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vendredi 13 mars 2009

Le Garçon du dernier rang (critique), Théâtre de la Tempête à Paris

Virtuose et vertigineux

Après « Chemin du ciel », déjà récompensé par le prix de la mise en scène de la SACD en 2008, Jorge Lavelli signe un travail remarquable à partir du nouveau texte du philosophe et dramaturge espagnol, Juan Mayorga : un huis clos virtuose et vertigineux dans les abîmes de la création, entre réalité et fiction. Une très belle forme, servie par un jeu exigeant, mais au service d’un contenu parfois trop théorique et redondant.

Estelle Gapp

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La Nuit de l’iguane (critique), MC 93 à Bobigny

Qui s’y frotte, s’y pique

La MC 93 se met à l’heure américano-mexicaine, celle de « la Nuit de l’iguane » de Tennessee Williams. Georges Lavaudant s’y frotte, plus de quarante ans après John Huston au cinéma. Point de pampa, de sombreros et de tralala (« caramba » !). Juste d’énormes cactées bien acérées et un belle brochette d’acteurs à faire déchanter les mariachis. Nonobstant quoi, la pièce manque de rythme et d’unité. C’est que le soleil de Mexico, la parlotte et les rhums-coco, ça assomme, « hombre » !

La fin est belle. Les lumières parfaitement réussies se révèlent, l’ampleur du décor (que d’aucuns trouveront excessive, les confidences des comédiens s’y perdent) prend sens. Tcheky Karyo devient même crédible face à la toujours formidable Dominique Reymond, qui trouve enfin du répondant. La nuit s’achève, l’iguane est libéré, le bon Williams fait feu de toute métaphore. Métaphysique aussi, le propos qui s’inquiète du sens de la vie et revient sur soi, la liberté, les autres. Le climax est atteint, mais c’est la fin. The end, comme au cinéma. Sauf qu’on est au théâtre et que les ressorts dramatiques ne se remontent pas tout seuls. Sans les violons et les lumières de la Metro, les effets très spéciaux et autres trucs hollywoodiens – trucs, entendre Ava Gardner, Richard Burton et Deborah Kerr –, le scénario (il s’agit bien d’une pièce à l’origine, adaptée notamment par Marcel Aymé) fait long feu. Deux actes en effet avant le troisième (c’est la règle). Pour ceux qui n’auraient pas vu le film *, on y revient.

Cédric Enjalbert

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