Créée la saison dernière, la pièce, qui a pour toile de fond la crise économique en Argentine en 2001, prend un écho tout particulier en cette période de faillites américaines et de récession mondiale. À la fois drôle et émouvant, porté par une tendre complicité entre les comédiens, ce tableau de la vie ordinaire est aussi un dialogue engagé, qui nous rappelle que, avant d’être financière, la « valeur » est d’abord une vertu humaine.
Entre la mère, âgée, accoudée à ses habitudes, et le fils, brillant cadre quinquagénaire, il y a d’abord la gêne, les sourires timides, les malentendus. Il faut dire que les temps sont durs : c’est la crise, et Jaime vient d’être licencié. Il doit annoncer à sa mère qu’il envisage de venir s’installer, avec femme et enfants, dans « leur » appartement, c’est-à-dire « chez elle ». Nerveux, hésitant, il finit par se confier : « Maman, écoute, j’ai quelque chose d’important à te dire… Je ne suis qu’une apparence ». Elle, surprise, mal à l’aise : « Et derrière les apparences, qu’y a-t-il ? ». Lui : « Rien, que la peur. La peur de tout perdre ». Mais il y a des vérités qu’une mère ne peut pas entendre. Déjà, la vieille femme n’écoute plus : elle s’est réfugiée dans ses souvenirs. Elle lui parle comme à un enfant : « N’aie pas peur, Jaime. Mets tes bottes et ton ciré, et va sauter dans les flaques de pluie. Comme quand tu étais petit, tu te souviens ? ».
Estelle Gapp








