Une aventure déroutante
Quand je vis la proposition d’invitation pour « Dieu comme patient », ma curiosité fut immédiatement piquée. Comment diable pouvait-on mettre en scène la poésie de Lautréamont ? Selon quel découpage ? Il fallait absolument que je voie ce spectacle pour en avoir le cœur net, et aussi pour tenir à l’œil ceux qui, dans leur folle outrecuidance, jouaient avec une poésie qui compte parmi les plus révoltées qui furent jamais portées à la publication. Alors ? me direz-vous. Eh bien, aussi fou que cela paraisse, je ne parviens pas à trancher. Car, si la violence et la poésie du texte sont totalement perdues malgré un découpage intéressant, le travail de mise en scène et de scénographie est une mine de trouvailles originales et astucieuses. Celles-ci sauvent heureusement le spectacle d’un intellectualisme d’apparat, pauvre et malhabile.
Jeune, j’aimais la poésie de sang. Celle qui, distillation brutale de la souffrance du poète, n’atteint le sublime que par un éclairage au néon, cru, froid et chirurgical. La brèche me fut ouverte par Baudelaire. Puis vint Bukowski, qui révolutionna totalement mes conceptions poétiques. Enfin, ce fut la rencontre avec l’écriture de Ducasse et son alter ego Maldoror. Ce personnage complexe et fantasmagorique est celui d’un homme qui, ayant vécu vertueusement pendant la première partie de sa vie, découvre un jour qu’il était né méchant. « Il cacha son caractère tant qu’il put, pendant un grand nombre d’années ; mais, à la fin, à cause de cette concentration qui ne lui était pas naturelle, chaque jour le sang lui montait à la tête ; jusqu’à ce que, ne pouvant plus supporter une pareille vie, il se jeta résolûment dans la carrière du mal… atmosphère douce ! »
Lise Facchin

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