jeudi 22 janvier 2009

Œdipe (critique), Théâtre de la Tempête à Paris

Œdipe est libre !

Ce soir-là, je suis arrivé « in extremis ». La charmante guichetière de La Cartoucherie me tendit mon billet et m’enjoignit d’aller m’installer : « Œdipe roi » allait bientôt commencer. J’étais préparée à être la spectatrice blasée de ces mythes perdus, flous et émoussés, à force d’être trop joués. Le pathos me fatiguait d’avance. J’avais la flemme d’entendre une énième fois « Ah, emmenez-moi de ces lieux bien vite ! Emmenez, mes amis, l’exécrable fléau, le maudit entre les maudits, l’homme qui parmi les hommes est le plus abhorré des dieux ! » sur un ton insupportable, grandiloquent et pompeux. Parce que, vous comprenez, on ne plaisante pas avec Sophocle ! Oui, c’était ce à quoi je m’attendais. Eh bien, laissez-moi vous dire que j’en suis tombée de mon fauteuil.

Pendant les premiers instants, l’on ne sait si le rire est vraiment permis. On craint deux choses. On craint que le metteur en scène n’ait pas fait exprès, que ce gag si drôle pourtant n’ait pas été envisagé comme tel, et qu’une bien plus haute inspiration que ce grotesque instinct rigolard qui est le nôtre en soit le fondement. Ensuite, ce sont les dieux protecteurs qui planent au-dessus de ces textes sacro-saints, pétris de siècles, qui nous effraient secrètement. Une sorte de superstition littéraire. D’abord, donc, la prudence. Comment croire qu’une compagnie nous convie pour de vrai à rigoler du mythe ? à chatouiller un peu la plante des pieds de la Tragédie… Pincez-moi je rêve !

Lise Facchin

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