vendredi 6 février 2009

Minetti (critique), Théâtre national de la Colline à Paris


Qui parle ?


Réglons d’abord son compte à cette rumeur selon laquelle notre grand acteur Michel Piccoli perdrait la boule, ne saurait plus son texte, du coup ferait « pléonasme », et scandale tant c’est obscène, avec son personnage de vieux cabot pressenti pour jouer le roi Lear par un hypothétique directeur de théâtre… On aura reconnu « Minetti » de Thomas Bernhard, mis en scène par André Engel au Théâtre national de la Colline. N’y a-t-il vraiment rien de plus intéressant à dire sur ce spectacle ? Si ! Qu’il est d’une bien grande profondeur.

Avec Petit Boulot pour vieux clowns de Visniec et le Chant du cygne de Tchekhov (avec lequel Minetti a plus d’un point commun), la pièce de Thomas Bernhard est ce que je connais de plus « casse-gueule » en matière de bilan d’une vie consacrée à l’art dramatique. Ce déballage à des tiers qui s’en contrefichent, d’anecdotes sans doute inventées par un vieil homme qui dit être Minetti (l’équivalent en Allemagne d’un Gérard Desarthe), est presque injouable sans tomber dans le pire mélo. Le fait que ce soit ici une star, Michel Piccoli, artiste reconnu, adulé et comblé, qui endosse cette défroque lamentable se révèle un coup de génie. Il rend au personnage sa dignité et apporte la distance dont le théâtre a besoin. À tout moment, l’acteur semble ainsi nous dire : « Je ne suis pas un ringard, ni un illuminé, ni un traîne-savates, pas même un vieillard. Je joue tout cela. Ne me croyez pas. » et en même temps : « Je suis acteur. Je joue Lear, Shakespeare. Lear, vous savez, King Lear… ».

Olivier Pansieri

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