Que sont devenus aujourd’hui certains héros shakespeariens, quatre siècles après les tragédies qui firent basculer leur existence ? Alain Foix « ressuscite » le Shylock du « Marchand de Venise » et l’Othello de la pièce éponyme dans une méditation poétique sur l’enfer du ressentiment et de la jalousie.
L’écriture de la pièce que nous livre Alain Foix est dense, au vocabulaire recherché, virevoltant de poésie… au risque parfois de l’onanisme intellectuel ou de quelques jeux de mots faciles (« le maure n’est pas mort »). L’auteur scrute avec habileté les cœurs, où s’instille l’aigre poison de la jalousie pour Othello ou de la haine pour Shylock : dans un désert, infini, sans étoiles, le général noir se morfond d’avoir tué Desdémone alors que le juif ressasse sa haine des chrétiens qui le méprisaient et à qui il impute la perte de sa fille Jessica. Dans le même espace, les deux femmes errent également, irrémédiablement séparées des premiers. Leur jeu parfois lent et placide fait goûter à l’ennui d’une éternité vide, hantée par des morts aux multiples vies, mais privés de toute existence. Plus nerveux parfois, en particulier avec la flamboyante Anne Azoulay, il exprime le feu dévorant qui les consume.
Olivier Pradel

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