Après son accueil très favorable cet été au Festival d’Avignon, c’est aux Gémeaux de Sceaux que le « Hamlet » de Thomas Ostermeier pose ses bagages, pour la première fois en région parisienne. Bagages boueux si on en juge par la scène couverte de terre. Bagages immaculés aussi, au regard des purs moments de grâce théâtrale offerts par cette mise en scène. Entre magnificence et dégoût, « Hamlet » vu par Ostermeier nous étreint puis nous délaisse, nous bouleverse puis nous laisse froids, touche dans le mille puis s’en écarte. Bilan en demi-teinte, donc, pour un spectacle qui, malgré une qualité indéniable, demeure un brin décevant.
La première scène est d’une beauté à couper le souffle. Une émotion s’empare de moi, me serre le cœur, le corps, accélère ma respiration. J’ai du mal à y croire tant c’est juste et beau. Les personnages avancent sur un plateau entièrement recouvert de terre. À l’avant, le cercueil du père au-dessus du caveau. Une pluie artificielle tombe sur cette scène d’une rare violence. La musique monte, l’image me percute en pleine face, un jeune homme tente de faire descendre le cercueil sans y parvenir, tombe, remonte, se couvre de terre, dans une gestuelle proche d’un Buster Keaton. J’ai envie de pleurer tout en jubilant : c’est du génie.
Élise Noiraud

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