Œuvre picaresque du xve siècle, intelligemment blasphématoire, délicieusement subversive, « la Célestine » de Fernando de Rojas nous replonge dans une Renaissance espagnole d’une bien étrange modernité. Hélas, son adaptation à la Cartoucherie peine à nous faire entrer dans l’intelligence du texte et se vautre dans le burlesque.
Mystère de l’alchimie théâtrale : mettez au cœur d’un sanctuaire dévolu au théâtre – la Cartoucherie de Vincennes – de très bons comédiens au service d’un texte magnifique, secouez un peu (mais pas trop quand même)… et vous obtenez une adaptation qui ne ravit pas son public et ne réussit à le faire franchement rire qu’au bout d’une heure quarante.
La première scène commence comme une fin de répétition : un homme qui pourrait être le metteur en scène achève de briefer ses comédiens. Cela continue dans un jeu outrageusement appuyé, à la limite de la caricature, où chacun sur la scène abuse de tous les ressorts de la commedia dell’arte : gesticulations, postures affectées, postiches, codes musicaux appuyés… aux confins du ridicule. L’intention est de gommer le réalisme de l’histoire tout en soulignant la truculence du propos. Mais le spectateur n’ose rire ni ne consent à s’abandonner tant le trait est grossier.
Olivier Pradel

Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire