Annoncée dans « Télérama » comme l’un des évènements de l’année, la nouvelle création de Ronan Chéneau et David Bobee promettait un renouveau du théâtre politique par son propos engagé, et un renouvellement esthétique par la danse congolaise et l’acrobatie. Mais, sur le plateau de Gennevilliers, l’autofiction et la violence de la dénonciation l’emportent sur la poésie des formes. Un cri de révolte, courageux mais maladroit, qui étouffe l’imaginaire et manque l’universel.
Pour l’auteur Ronan Chéneau, il y a, au départ, ce pari audacieux de parler de l’Afrique sans y être jamais allé. Sur scène, au début du spectacle, il y a ce même décalage, intéressant : un jeune Africain chante, en play-back, une célèbre chanson de Charles Aznavour, promettant une vie meilleure sous le soleil… Puis la musique est parasitée par des bruits d’avions : nous sommes dans un hall d’aéroport, le personnage est bagagiste, on devine son histoire. Mais Ronan Chéneau s’approprie la parole : en bord de scène, côté jardin, il lit son texte devant un micro. L’autofiction prend alors le pas sur le jeu du comédien : de son point de vue de trentenaire « cultureux », « né sous la pluie », « habitant d’une ville moyenne », l’auteur raconte les étapes de la pièce, sorte de work-in-progress, né de la rencontre, lors d’un voyage inespéré au Congo, entre la Compagnie Rictus, dirigée par (l’inventif) David Bobee, et la Compagnie Baninga, dirigée par le (magnifique) chorégraphe, DeLaVallet Bidiefono.
Estelle Gapp

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