samedi 28 février 2009

Le Regard des autres (critique), Manufacture des abbesses à Paris

Pour l’amour de l’art

La Manufacture des Abbesses est un des lieux de Paris où se renouvelle la scène théâtrale française. Joli succès pour ces jeunes gens qui ont créé leur théâtre en 2006 sur les pentes de Montmartre, un lieu actif et vivant, dévolu à la création contemporaine. L’occasion de découvrir des œuvres encore méconnues, comme ce « Regard des autres », de Christopher Shinn, jeune auteur new-yorkais, qui a déjà plusieurs pièces à son actif, adapté pour la première fois en France.

C’est un vrai plaisir que d’être confronté à l’univers d’un auteur en devenir. Pourtant, quand la pièce s’ouvre par une scène de restaurant, on craint d’abord que ce réalisme américain, fait de conversations interrompues par les téléphones portables sur fond de musique d’ambiance, soit difficile à adapter sur une scène parisienne. On redoute même une pièce bavarde et immature. Et puis, bien vite, on est pris par l’histoire, par les relations complexes et touchantes qui unissent les trois personnages principaux, et le spectacle ne tarde pas à trouver son rythme de croisière.

Fabrice Chêne

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One, two, three, one, two, three, four ! (critique), Théâtre de Nîmes avec Le Périscope à Nîmes

Un si tendre absurde

Après « Bouge plus ! » et « Christ sans hache », la Compagnie L’Heure du loup a présenté au Périscope « One, two, one two three four ! », dernier volet de la trilogie de Philippe Dorin. Un bond dans un hors-temps et un hors-lieu. Une entrée directe dans un monde de l’incohérence et de l’absurde qui trouve la tendresse pour lien.

Quelque part, dedans, dehors – cela dépend –, Fabienne, Denis et Clément trouvent à se dire, sinon du moins simplement à parler. À se lier. À maintenir le contact avec l’autre, inconnu, ami, frère… On ne sait. Emblématique de l’œuvre, le leitmotiv de la liste : liste des magasins, des voitures, des jours de la semaine (et pourquoi pas ?), des possibilités, des conséquences… Le monde est vaste pour les mots. Êtres désertés vivant dans « l’angle mort de la vie », ils continuent, dans le proche écart qui les relie, à exister.

Fatima Miloudi

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vendredi 27 février 2009

Le Jeu de l’amour et du hasard (critique), Théâtre du Point-du-Jour à Lyon

L’amour, une chanson douce ?

Dans son théâtre, et presque dans son salon, Michel Raskine nous présentait hier soir sa nouvelle création. Comme il l’avait fait pour « Huis clos » l’an dernier, il offre à son public une mise en scène décapante d’un classique de la littérature. Il s’agit cette fois de la plus célèbre pièce de Marivaux, « le Jeu de l’amour et du hasard ». Avec un savoureux mélange d’humour, de modernité, de fraîcheur et de profondeur, le metteur en scène lyonnais dépoussière le théâtre du xviiie et redonne à l’œuvre toute l’intensité qui lui revient. À voir absolument.

Maud Sérusclat

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Misery, de Laïka Fatien (critique), Théâtre national de Bretagne à Rennes

Madame est servie

Les amateurs rennais de jazz vocal sont gâtés : ils ont pu voir et entendre, en un mois, Kurt Elling et Laïka Fatien. La jeune quadragénaire présente actuellement sur scène son hommage à Billie Holiday, « Misery ». Billie disait parfois, non sans amertume, qu’elle était l’esclave la mieux payée des États-Unis. « Lady Day » peut dormir tranquille, car c’est à son tour d’être servie, et de quelle façon !

Lorsque la salle s’éteint, un cercle de lumière isole un micro sur pied au milieu de la scène. Laïka Fatien y fait bientôt son entrée. Elle porte une longue robe noire, ajustée, tout juste ornée d’une façon de châle noir qui lui sangle la hanche. Le cheveu est soigneusement tiré, strict. Elle ne porte aucun bijou ostentatoire et ne s’autorise qu’une coquetterie : de très hauts talons, qui donnent à ce petit bout de femme un air de longue dame brune. Le ton est donné : le service du texte et de la musique avant tout. Pour cette prestation, Laïka Fatien est entourée d’un quartet, dont on ne tardera pas à découvrir la qualité : Pierre-Alain Goualch au piano, Matthieu Chazarenc à la batterie, Darryl Hall à la contrebasse et surtout David el-Malek au saxophone ténor.

Jean-François Picaut

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« Le Zoïde », d’André Morel, est paru

« Le Zoïde », d’André Morel

L’histoire est simple. Éternelle. Une aventure onirique mais périlleuse. Une compétition sans merci que Zoïde, le héros, spermato, intello, rigolo et ses rivaux nous font vivre en direct des profondeurs des corps.

Tous n’ont qu’un seul but : féconder Ova. Un seul sera vainqueur. Mais au prix de combien d’obstacles physiques, de luttes, d’alliances, de traîtrises, de vrais bonheurs et de fausses joies ?

Sous la rocambolesque mais véridique épopée s’écrit une fable sociale. Entre gravité et humour.

Avertissement au lecteur

Comptez sur lui ou méfiez-vous de lui.

Car il vous ressemble ce spermato intello en quête d’existence, affamé de bonheur, rongé de doutes, écorché d’angoisses, pétri de citations littéraires plus ou moins bien assimilées, avec son regard décalé, ses sentiments antinomiques, ses rencontres de personnages typés, inquiétants ou humoristiques.

Comptez sur lui si vous rêvez de procréation, car il est courageux, tenace, rusé.

Sinon, méfiez-vous et sortez couverts, car ces mêmes qualités se retourneront contre vous et deviendront vos plus redoutables adversaires.

Recueilli par

Vincent Cambier

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Lorca barré (critique), Théâtre de l’Épée-de-Bois à Paris

Un hommage décalé et ludique

Dans une sorte d’hommage tordu à la « petite folie récréative » qui émane de l’œuvre de Federico García Lorca, Pascal Seguin rassemble et adapte en scène trois de ses textes : une partition pour marionnettes – « le Jeu de Don Cristóbal » –, un essai – « les Ombres » – et « la Tragi-comédie de Don Cristóbal et Doña Rosita ». En résulte un collage savoureux et sensuel, qui manque toutefois de maturité.

L’intrigue en elle-même se montre des le départ banale et sans grand intérêt : la mère cupide s’apprête à vendre sa fille, la belle et jeune Rosita, à un vieillard repoussant et fortuné, Don Cristóbal. Tandis que le cœur (ou le corps, plutôt) de Rosita choisit celui du jeune et vigoureux chevalier Cocoliche. De multiples rebondissements inattendus et une belle énergie artistique sont pourtant heureusement au rendez-vous afin de nous offrir un spectacle tout à fait agréable, fruit d’un remarquable travail sur l’expression corporelle et vocale, ainsi que sur les effets sonores.

Maja Saraczyńska

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jeudi 26 février 2009

Chansons d’elle(s) (critique), Théo Théâtre à Paris

Jolies chansons sans prétention

Ce n’est ni la découverte d’une voix ni la révélation d’une promesse de la nouvelle scène française. Mais, en se produisant, Valou a le mérite d’aller au bout de ses ambitions en nous offrant ses influences musicales et ses textes. Un moment agréable d’intimité partagée.

Sur la petite scène du Théo Théâtre, elle débute son concert très directement et très simplement en chantant le Sens de la vie (Marie-Noëlle Gaillet/Fabrice Lods), accompagnée au piano. Elle, c’est Valou, alias Valérie Jacquet, les noms par lesquels elle se distingue en tant qu’auteure et interprète. Elle est jolie, Valou, et on aimerait bien qu’elle le sache pour que ça lui donne un peu plus d’assurance peut-être. Qu’elle soit aussi à l’aise que son pianiste, Jonathan Goyvaertz, qui est aussi le compositeur de la plupart de ses chansons. Jeune musicien doué, il apporte la fluidité tout au long du concert face aux approximations récurrentes de rythme et de justesse de la chanteuse.

Marie Coulonjou

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Ce soir dans votre ville, Warren Zavatta (critique), Théâtre Trévise à Paris

Héritier du talent d’Achille !

« Zavatta » : un nom qui appelle des images de pistes, de clowns, de lions, d’acrobates, de jongleurs… Sur l’affiche du spectacle : un Warren arborant le fameux nez rouge… Un numéro de cirque ? Pas si sûr… Warren Zavatta, sur scène, présente une vision satirique du milieu dans lequel il a été élevé, dézinguant, pour notre plus grand plaisir, les numéros traditionnels du cirque.

Tout à la fois jongleur, musicien, acrobate, comédien… Warren est ce que l’on appelle « un enfant de la balle ». Il met ici à profit ses multiples talents pour offrir un one-man-show assez détonant.

Sonia Déchamps

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mercredi 25 février 2009

Oncle Vania (critique), Théâtre de la Bastille à Paris

Famille, je vous hais

Il ne se passe pas grand-chose dans « Oncle Vania ». Dans un domaine au fin fond de la Russie, l’arrivée d’un vieux professeur à la retraite et de sa jeune femme vient déranger le cours de la vie dure mais paisible de la fille du professeur, Sonia, et de son oncle Vania. Toute la virtuosité de Tchekhov, qui transparaît dans cette excellente mise en scène, consiste à tirer le fil de la désintégration progressive de cette famille.

En effet, la mise en scène du collectif Les Possédés est limpide, et la portée du texte de Tchekhov, écrit en 1890, n’en est que plus grande. D’abord, on est frappé par le naturel de l’interprétation et en particulier de la diction. Le texte est dit avec beaucoup de fluidité et de rythme, mais cette sensation, paradoxalement, naît d’une certaine lenteur, de l’utilisation occasionnelle de silences ou d’hésitations. On est pris dans un rythme à la fois enlevé et lent. Les comédiens semblent parler doucement, mais sont parfaitement audibles. C’est vraiment un plaisir.

Céline Doukhan

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Algéria, de miel et de braise (critique), Théâtre de l’Aire-Falguière à Paris

Un conte brûlant de vie

« Désolée, il n’y a plus de places !, « Finalement, c’est bon, on vous a ajouté des chaises sur le côté ! »… Ça commence plutôt mal… Les portes de la salle minuscule se referment, et chaque murmure de spectateur prend de l’importance et irrite. Un peu agacée et impatiente, je dois l’avouer, je décide de me concentrer uniquement sur ce qui va se dérouler sur scène. Je n’ai pas besoin de faire beaucoup d’efforts : on oublie tout dès lors que Catherine Gendrin entre en scène. « Algéria, de miel et de braise » est de ces spectacles qui réussissent à nous emporter merveilleusement loin de notre quotidien.

Sonia Déchamps

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mardi 24 février 2009

24 heures de la vie d’une femme (critique), Théâtre Essaïon à Paris

Voyage passionné

Une belle occasion de (re)découvrir un texte magnifique, au fil d’un voyage passionné et passionnant : c’est ce que nous offre le Théâtre Essaïon avec la pièce « 24 heures de la vie d’une femme », d’après la nouvelle de Stefan Zweig. Captivant.

Elle est vêtue d’une immense robe noire, s’avance du fond de la scène pour nous saluer et nous remercier d’être venus, d’avoir répondu à son impérieux besoin de raconter. Déjà, ses yeux ont capté notre regard, et toute notre attention se concentre sur elle : à l’instar du narrateur du récit de Stefan Zweig, nous voici embarqués dans le voyage de « ses » vingt-quatre heures, vingt-quatre heures qui, par leur fièvre et leur intensité, éclipsèrent toutes les autres d’une vie longue et accomplie.

Sarah del Pino

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La Peste (critique), Théâtre de la Huchette à Paris

Quelle plaie !

Le Théâtre de la Huchette est célèbre dans le monde entier pour sa fidélité à Ionesco frisant l’obsession : on y donne « la Cantatrice chauve » depuis cinquante-deux ans. En parallèle, le théâtre propose à son public plusieurs spectacles, dont « la Peste », adapté (ou presque) du roman de Camus. Une torture d’une cruauté barbare ! Si cela n’avait pas été pour « les Trois Coups », je serais partie en courant, les dix premières minutes m’ayant suffi pour savoir que je préférais franchement le choléra !

Ce que je me prépare à dire ne me fait pas envie : il n’est pas agréable pour un critique de « descendre » un spectacle. Je le rappelle à tous ceux qui se récrient contre les plumes un peu féroces : nous ne sommes jamais plus heureux que lorsque nous pouvons soutenir le travail d’artistes dont l’humanité nous touche ! Pas de mesquinerie basse, pas de sadisme pervers, pas plus que de piques gratuites. Bien sûr, nous sommes parfois très durs, mais pensez à l’injustice, le talent que l’on refuse, le nouveau que l’on n’écoute pas, les carnets d’adresses qui campent sur les planches, et le conformisme régnant partout. Nous sommes durs lorsque nous sommes révoltés, lorsque notre sang bout. Nous ne sommes pas des spécialistes froids qui analysent, nous sommes des êtres de sensibilité, et c’est cette expérience quelle qu’elle soit que nous vous rapportons.

Lise Facchin

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lundi 23 février 2009

Le Bar des étoiles (critique), Théâtre de Ménilmontant à Paris

Un bar qui fait des étincelles

La complainte du businessman vous file le blues ? Les cloches de Notre-Dame de Paris vous assomment, le nez de Cléopâtre vous laisse de marbre ? Vous présentez tous les symptômes de la comédiemusicalophobie. Heureusement, la Compagnie Artediem Millenium a pensé à vous et vous propose avec son « Bar des étoiles » un remède sympathique et pêchu. À défaut de vous réconcilier avec le genre, vous passerez sûrement un fort agréable moment.

Hugo est un jeune auteur, inventeur d’un nouveau concept révolutionnaire, la « sitcomédie musicale ». Las, au moment de préciser les choses et de rédiger le scénario des premières saisons, l’inspiration le fuit. Son angoisse de la page vide le fait échouer dans un bar désert, tenu par une pianiste espiègle, Adèle, et par un barman mélomane fan inconditionnel de Carlos, Jean-Alexandre. Avec leur aide, il va s’atteler à la tâche et inventer les linéaments d’une intrigue où personne, vraiment, ne se prend au sérieux.

Vincent Morch

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Viel chante Brel (critique), L’Essaïon à Paris

Brel autrement

« Viel chante Brel »… On est à la fois attiré par ce titre et, il faut bien l’avouer, un peu inquiet et sceptique également : qui pour oser reprendre Brel ? Une ruelle déserte, un petit théâtre qui m’était jusqu’alors inconnu et… une salle pleine ! Le bouche-à-oreille fait son travail… non sans raisons !

Les chansons de Brel regorgent d’émotions, il n’est pas question d’en douter. Il n’est cependant pas donné à tout le monde d’en livrer une interprétation capable de faire vibrer un auditoire. La richesse des mots et des mélodies justifie l’interprétation épurée que nous livrent Laurent Viel et Thierry Garcia. Pas de décors, un simple (mais sublime) son de guitares… Il n’en faut pas plus pour accompagner la solide voix de notre chanteur-comédien.

Sonia Déchamps

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Dothy et le Magicien d’Oz (critique), Le Grand Rex à Paris

À grand chef-d’œuvre de la littérature,

petit spectacle musical

L’évènement est annoncé et attendu depuis quelque temps au Grand Rex à Paris : « Dothy et le Magicien d’Oz » sera le spectacle musical inspiré d’un des plus grands chefs-d’œuvre de la littérature, « pour les petits et les grands ! ». Dove Attia et Albert Cohen se sont effectivement « concentrés avant tout sur le choix crucial du spectacle ». Dommage qu’ils ne se soient pas autant concentrés sur les choix artistiques.

Orpheline depuis son plus jeune âge et recueillie par sa tante Em, Dothy souffre de l’absence de ses parents. Un matin, un cyclone s’abat sur son village, et Dothy n’a pas le temps de se réfugier dans l’abri familial. Le cyclone l’emporte avec la maison dans un pays lointain, un monde iréel peuplé de personnages extraordinaires. Dès son arrivée, elle n’a qu’une seule idée en tête, rentrer chez elle pour retrouver sa tante. Comment faire ?

Angèle Lemort

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dimanche 22 février 2009

Julien Paterna en concert (critique), Les Déchargeurs à Paris

De la bonne pop française !

Descente d’un escalier aux marches inégales pour accéder à « La Bohème », petite salle voûtée au sein du Théâtre des Déchargeurs. On s’assoit où on peut, à côté de gens inconnus mais qui sourient quand même. Et, sur la toute petite scène, un grand jeune homme et sa guitare. Et les chansons s’échappent les unes après les autres sans se prendre au sérieux, racontant la vie en toute légèreté. Bonne soirée.

Chanson française ? Strictement parlant, oui, puisque Julien Paterna chante en français. Mais autrement parlant, non, puisque les influences musicales se rapprochent plutôt de la pop anglaise, avec des accords de guitare bien plantés et des mélodies enjôleuses. Les mots sont là, souvent très bien choisis, mais ce ne sont pas eux qui font la loi.

Anne Losq

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samedi 21 février 2009

Entracte (critique), Théâtre de la Ville à Paris

Quand les corps vibrent, les instruments dansent

Deux figures de l’art contemporain, le chorégraphe Joseph Nadj et le compositeur polyinstrumentiste Akosh Szelevényi, tous deux d’origine hongroise, développent parallèlement leur propos sur la scène du Théâtre de la Ville. Ils ouvrent de nouvelles perspectives sensationnelles. « Entracte » est une partition chorégraphique savamment élaborée, où mouvements, sons, lumières, et décors sont pensés dans une énergie commune. Rien n’est figé, tout se transforme. Du spectacle vivant comme on aimerait en voir plus souvent. Une œuvre vibrante, une énergie saisissante.


Audrey Chazelle

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La Tondue (critique), Théâtre du Marais à Paris

Les images surgissent d’elles-mêmes

Après « Stratégie d’avalement » en 2003, Nicolas Pomiès écrit et met en scène « la Tondue ». Ce huis clos tisse les soupirs de soulagement et les revendications furieuses de la fin d’une guerre, avec des secrets et des craintes qui ne peuvent se dérober plus longtemps aux regards. Dans la petite salle du Théâtre du Marais, nous voilà happés en plein centre de cette réalité, témoins muets retenant notre souffle. Une pièce forte et intelligente sur le thème de l’Épuration, tout en suggestion.

La France à la Libération, trois personnages : Antoine le grand-père perruquier, Zéphirin son beau-fils, « épurateur » tondeuse en main, et Alsace petite-fille et fille des deux autres, la protégée et apprentie. Ces trois-là vivent ensemble. L’atelier d’Antoine, immuable, est au sous-sol. C’est là que tout se joue. Le monde extérieur glisse ses sons par le soupirail, unique ouverture vers le dehors. Nicolas Pomiès a su nous transporter dans ce monde avec sensibilité. Les personnages entrent en contradiction exactement là où il faut pour créer d’intéressantes frictions. Zéphirin, en bon Français, tond à tour de bras les femmes ayant « collaboré » avec les Boches. Antoine récolte les brassées de cheveux fièrement apportées par son beau-fils, mais ne partage pas son avis : la patrie n’a pas besoin qu’on rase ses femmes. La belle et fragile Alsace les regarde, partagée entre son amour pour eux et ce qu’elle tait…

Laurie Thinot

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La Campagne (critique nº 2), L’Élysée à Lyon

La campagne sous tension

Sous un titre aussi bucolique que « la Campagne », la compagnie stéphanoise du Métrognome nous invite à prendre place dans un univers qui n’a que peu de choses en commun avec le calme et la sérénité qu’on serait en droit d’attendre : ici nous entrons au cœur d’une intrigue, aux allures d’enquête policière.

À l’arrivée dans la salle, le public est tout d’abord surpris par une disposition un peu plus particulière qu’à l’habitude. En effet, l’espace parfaitement modulable dont dispose le théâtre L’Élysée a pu, une fois encore, être mis à profit pour donner au public l’occasion d’une véritable incursion dans un huis clos. Ainsi, les fauteuils encerclent la scène et les spectateurs deviennent malgré eux les témoins d’une intrigue menée à la manière d’un roman policier. La pièce aborde la question du triangle amoureux, l’histoire d’un couple venu à la campagne pour des raisons que l’on ignore. Et l’aventure commence lorsque Richard ramène une jeune femme trouvée sur le bas-côté de la route.

Élise Ternat

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Espejo (critique), Laurette Théâtre à Paris

Défense et illustration du syndrome de Stockholm

Être attaché à quelqu’un. Expression banale, anodine, employée souvent comme un euphémisme. Et l’on glisse à la surface des mots sans en percevoir la violence. Quoi de mieux, alors, qu’une chaîne réelle pour la rendre sensible ? Idée simple, limpide, admirablement exploitée par la Compagnie des Bouches-Cousues. « Espejo » est un véritable bijou.

Au début, elle ne sait rien de lui, mais il sait tout sur elle. Prostrée, les yeux rougis par les larmes, elle subit en silence ces mots où se mêlent à la fois des menaces à peine voilées et des intentions rassurantes. Il est fou sans doute, probablement pervers : il veut l’apprivoiser en la tenant enchaînée. Il l’aime, il a peur de la perdre. Elle finira bien par l’aimer à son tour…

Vincent Morch

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Le Gai Savoir de Julien Gracq (critique), Théâtre du Hangar à Montpellier

En terre gracquienne

Au Théâtre du Hangar à Montpellier se joue actuellement une lecture-spectacle, « le Gai Savoir de Julien Gracq », montage de textes et mise en scène de Joël Jouanneau. Parcours de vie d’un écrivain dont la biographie offerte devant le spectateur se mêle à des extraits de ses œuvres, c’est, selon le point de vue, ou un spectacle épuré ou une mise en jeu de textes. En somme, un moment où l’on est amené à goûter à la pensée et à l’écriture d’un auteur depuis peu disparu.

La pièce tient en trois temps. Chez l’écrivain, valise à la main, entre une jeune journaliste. Elle vient, à la manière d’Aldo du Rivage des Syrtes, et comme appelée par une quête, celle de l’imaginaire et de l’acte créateur, pour interroger l’auteur. Mais, dès son arrivée dans la demeure de l’écrivain, autre salle des cartes, celui-ci lui enjoint de « mettre un terme à l’imaginaire ». Il n’en fallait pas moins pour poser le désir de connaître.

Fatima Miloudi

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vendredi 20 février 2009

Les Corbeaux (critique), Théâtre national de Bretagne à Rennes

Drôle et corrosif

C’est un vaudeville noir qu’Anne Bisang met en scène en adaptant « les Corbeaux », texte remarquable écrit en 1882 par Henry Becque. Construite comme un diptyque, autour d’un élément clé (la mort de M. Vigneron), la pièce glisse sournoisement de la joyeuse fresque familiale au drame réaliste et grinçant. Doit-on d’abord évoquer l’incroyable modernité de l’œuvre ou préférer souligner le décalage original entre son fond et sa forme, sa noirceur et sa légèreté mêlées ?

Le décès du père de famille laisse quatre femmes en deuil, quatre femmes qui doivent alors faire face à des questions de gestion sur lesquelles elles n’avaient jamais eu l’occasion de se pencher. Tout tourne autour d’elles, tous tournent autour d’elles. Les spéculateurs, les rapaces, les corbeaux à la ronde inquiétante. Et l’avenir qui plane au-dessus de ces proies trop facile n’est guère réjouissant.

Aurore Krol

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Ô Carmen (critique), Théâtre du Rond-Point à Paris

Comme un mille-feuille

À Paris, au Théâtre du Rond-Point, ce soir, dans le noir, du monde riait. Peu informé avant d’être plongé dans l’obscurité, le public était libre d’interpréter la notion d’« opéra clownesque ». Des clowns qui chantent, un opéra aux paroles délurées ? Pas du tout. Ou bien si, un peu ! Olivier Martin-Salvan, qui ne joue pas moins de vingt personnages à lui seul pendant une heure et quart, emmène le spectateur dans les coulisses d’un Opéra où va se produire le célèbre opéra-comique « Carmen ».

Amicie de Vannoise

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jeudi 19 février 2009

La Flèche et le Moineau (critique), Théâtre de l’Agora à Évry

Un modèle de synergie réussie !

Le Théâtre de l’Agora d’Évry a abrité deux exceptionnelles représentations de « la Flèche et le Moineau ». Ce spectacle est une adaptation libre en hommage à Witold Gombrowicz, auteur polonais mort en 1969. Cela fait donc exactement quarante ans. Si vous le connaissez déjà, c’est l’occasion de le redécouvrir à travers ce spectacle en totale adéquation avec son propos. Si vous ne le connaissez pas, éteignez tout de suite votre télévision et foncez-y !

Laurie Thinot

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Le Canard sauvage (critique), Théâtre du Nord à Lille

« Camera obscura »

Insatisfaction, ironie, désespoir, drame… Un engrenage fatal, décrypté par Ibsen dans nombre de ses plus célèbres pièces, et illustré une nouvelle fois par « le Canard sauvage », qui nous plonge dans l’intimité de deux familles liées par un passé trouble. On pourrait d’abord croire à un drame social : les grands industriels parvenus contre les bourgeois désargentés. Illusion qu’entretient le décor de la scène d’exposition, qui sépare les deux espaces familiaux par une grande toile blanche percée de figures fantomatiques : les photographies de Hjalmar, l’un des personnages principaux. La suite nous montrera que rien n’est moins simple que les apparences.

Sarah Elghazi

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